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Retour sur les accords de Genève et de Nairobi - Analyse critique #1

8 Avril 2020 , Rédigé par La rédaction Publié dans #Echos de la vie quotidienne Congo & Diaspora, #Focus sur le mal Congolais

Kamerhe et Fatshi le 23 novembre 2018 (Nairobi)
Kamerhe et Fatshi le 23 novembre 2018 (Nairobi)

 

Spécial Grand Entretien #1 - Regard d'Abraham Itimbiri-Aketi

 

D’entrée de jeu, annonçons tout de suite la couleur avant de décliner mes questions. Vous faites partie de la Rédaction de cette plateforme d’information sur la RDC. Et vous y publiez des billets axés notamment sur les travers et les contradictions des Congolais, l’humain et le vivre ensemble. Soit dit en passant, la plupart de vos billets « respirent » toujours, peu ou prou, l’anthropologie, pour des raisons que j’ignore. Vous nous direz au cours de cette série d’entretiens, au long cours, si vous êtes d’accord ou pas avec cette analyse.

 

Le 1er volet de cet entretien, qui se déroulera en plusieurs temps, en fonction des éléments d’actualité ayant trait à la RDC. Ou de ceux qui convoquent, de votre point de vue, l’histoire afin de décrypter les prises de décisions, les jeux d’alliances, etc. dans l’arène socio-politique congolaise, portera sur la trilogie suivante : l’énigme des élections du 30 décembre 2018, État des lieux, le programme et les premiers pas du président Fatshi.

 

Puisqu’il nous faut un point de départ, eh bien, je vous propose de revisiter les accords de Genève et Nairobi. Comme nous en connaissons la teneur, je vous propose de nous les décrypter sous plusieurs angles en mettant en regard l’un avec l’autre. Commençons par les lieux: pourquoi les leaders politiques d’alors avaient-ils choisi Genève, alors qu’ils s’étaient rencontrés, à maintes reprises, en Afrique du Sud, le pays de Nelson Mandela ?

1) Pourquoi il paraît très difficile de régler des problèmes inhérents aux pays africains en Afrique ? Maintenant que nous avons un peu de recul, que pensez-vous aujourd’hui de la forme de l’accord de Genève ?

Pour rappel, il y a eu deux votes à l’issue desquels Fayulu était donné vainqueur. Et tous les leaders (Matungulu, Bemba, Muzito, Kamerhe, Tshisekedi) avaient approuvé ce résultat. Mais, à la « surprise générale », les deux derniers se sont rétractés, le lendemain du vote, sur l’injonction de leur base respective.

Abraham Itimbiri-Aketi

  • Probablement parce que pour Jean-Pierre Bemba sorti à peine de prison et Moïse Katumbi en exil forcé, il était plus facile de se retrouver en Europe, alors même qu’il était plus facile pour ceux de Kinshasa de se déplacer. Ça, c’est a priori un problème logistique qui peut se comprendre. Il faut aussi ajouter que la Suisse est par sa tradition de pays « neutre », mais aussi de siège de quelques institutions internationales, le lieu où l’on essaye de régler des dossiers complexes concernant plusieurs États du globe. Si on s’arrêtait là, cette réponse rationnelle et simple aurait suffit, mais en Afrique qui plus est, en Afrique subsaharienne, les choses sont souvent et d’abord abordées sous l’angle de l’émotion et de l’irrationnel
  • La deuxième raison est peut-être tout simplement prosaïque. Quel pays choisir en Afrique sans être, d’une part, obligé d’expliquer ce choix (et qui choisit ?) et d’autre part de subir les pressions ambiantes et souvent nocives des apparatchiks et des bases de chaque parti qui sont souvent très passionnelles.
  • On pourra ajouter une troisième raison concernant la fondation Koffi Annan. Quoi que l’on dise sur cette organisation, le passé nous renseigne sur l’incapacité notoire des Congolais de pouvoir s’organiser par eux-mêmes et surtout de prendre conscience de la portée des enjeux. L’accord de la St Sylvestre, pour ne parler que du plus récent, démontre à quel point, toute tentative de mettre en place des mécanismes de résolution de crise, n’a abouti à aucune application efficiente, non par manque de bonne volonté mais plutôt par une volonté sournoise de la plupart des protagonistes de ne jamais vouloir d’une solution qu’ils ne contrôleraient pas.
  • Des leaders oui, mais des leaders très toxiques qui n’ont pas, pour la plupart le sens de la nation. On peut s’amuser à énumérer le nombre d’accords dont tout le monde se réclame mais que personne ne contribue à leur application véritable. En l’espèce ici, certains avancent la fameuse théorie du complot des éternels impérialistes qui n’ont que faire des Congolais, leur seul intérêt étant la continuation du contrôle qu’ils exercent sur les richesses de la RDC. J’aurai plutôt tendance à renvoyer les Congolais qui se sont appropriés Dieu comme étant l’exutoire de leurs errements, à ce que dit l’apôtre Pierre (2. Pierre 2 :19) : « ils leur promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui ».
  • Quand les aveugles conduisent les aveuglent, ils finissent tous dans le fossé. On ne plus donc plus continuer à accuser les autres. Face aux grands enjeux du monde, la RDC n’a plus besoin des charlatans.

Propos recueillis par Zamba Synkin

Lire la suite :  Retour sur les accords de Genève et de Nairobi - Analyse critique #2

 

 

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