RDC : Le vrai changement #3/3

27 Avril 2017 , Rédigé par Abraham Itimbiri-Aketi Publié dans #Carte blanche à, #Echos de la vie quotidienne Congo & Diaspora, #Dico exquis anti-mystification

RDC : Le vrai changement #3/3 L’incurie de la classe politique congolaise ?

Au regard de l’histoire, toute société a toujours eu besoin des principes fondateurs qui constituent un socle et qui fixent un cap. Avec les derniers événements tragiques en occident, certaines voix s’élèvent pour rappeler sinon réaffirmer les racines judéo-chrétiennes de leur société. À tort ou à raison.

En plus, toutes les grandes civilisations ont toujours eu des dirigeants qui demeurent, dans leur histoire, comme des précurseurs visionnaires. D’autres diront, les pères de la nation. Quelles que soient leur personnalité et leurs actions, ce qui importe, c’est ce qui a été fait pour la grandeur de leur nation. Et certains n’ont pas lésiné sur les moyens. Ainsi, nous connaissons et nous percevons les traces de certains doctrines politiques : gaullisme, maoïsme, stalinisme, castrisme, etc. Nous connaissons leur teneur, leur brutalité, leur ruse, leur cynisme. Mais ils ont eu tous, au moins un point commun : faire la grandeur de leur patrie.

Maintenant comparons : mobutisme, kabilisme, mugabisme, etc. Que nous laissent-ils comme héritage ? Rien, nada. Si le lumumbisme était d’une autre trempe, il n’a malheureusement pas survécu à Lumumba, faute de successeurs de son envergure. Ceux qui au Congo se réclament aujourd’hui de sa doctrine ne sont que des usurpateurs sans aucun relief.

Faute de grands penseurs, des grands dirigeants prêts au sacrifice et capables de conduire le peuple en tenant compte prioritairement de nos intérêts, nous avons malheureusement hérité des apprentis sorciers, des affairistes mafieux, sans personnalité ni dignité. Leur seule préoccupation: le pouvoir et la richesse. La richesse coûte que coûte et quoi qu’il en coûte et plus que de raison. Des personnes aussi brillantes mais qui ont mis leur intelligence au service du mal et cela pour le malheur de leur propre pays.

L’autre racine du mal est notre rapport au pouvoir. Décidémment, en Afrique noire, nous avons du mal avec les institutions. La Constitution est souvent un très beau texte écrit par des érudits qui sont éloignés de toute réalité historique et anthropologique. Nous aimons la brandir quand elle sert nos intérêts. Pour le reste, nous nous asseyons dessus comme tout potentat sait le faire : nous sommes au-dessus de tout, en tout cas c’est comme ça que pense la majorité des présidents noirs d’Afrique. Il suffit de voir ceux qui sont là, depuis combien de temps sont-ils là ? Comment font-ils pour rester si longtemps ?

Nous savons tous que leur peuple les adore au point de les supplier, tous les cinq ans, de ne pas partir. Sese Seko, diront certains. Pendant ce temps, nos pays ne se développent pas. La plupart des pays qui étaient sous-développés sur d’autres continents dans les années soixante, sont quasiment tous devant nous. Loin devant.

Le pouvoir pour Kabila, Dos Santos, Sassou, Bongo, Museveni, Kagame, Mugabe etc… n’a pas la même signification que pour Obama, Hollande, Merkel ou May. Ceux-ci l’ont reçu du peuple et travaillent tant bien que mal pour leur pays. Ceux-là l’ont obtenu de façon malveillante et souvent avec la bénédiction de ceux qui l’ont reçu de leur peuple. Mais une chose est sûre, les uns et les autres n’ont pas les mêmes objectifs et pour les occidentaux, nos chefs ne sont que des commis d’office et sont comme des couches des bébés: jetables. Ce sont leurs mentors qui décident du moment de la fin.

Cinquante après l’accession à l’indépendance de la plupart des pays africains, nous ne pouvons plus continuer à rendre les toubabs responsables de nos faiblesses, de notre lâcheté, de notre ignorance. Les Congolais mais aussi les autres africains sont aujourd’hui pleinement responsables de leur situation. Ils ont préféré la servitude au combat, l’éclair à la lumière. Ils ne sont intéressés que par les attributs et les privilèges du pouvoir parce qu’ils ignorent ce qu’est la substance du pouvoir et la nature des devoirs et droits qui en découlent. Tout est théâtre pour ces honorables moyenâgeux et ces excellences triviales qui nous rappellent les nègres hilares de Tintin au Congo.

La dernière interview de Monsieur Edem Kodjo dépeint à juste titre, le caractère puéril des principaux acteurs du fameux dialogue, majorité comme opposition. Alors que le Congo est devenu un bateau ivre et que le pays est menacé d’implosion, sans parler de la paupérisation quasi généralisée du peuple, ces apôtres des discussions byzantines étalent leur frivolité au mépris des intérêts supérieurs de la Nation. C’est vrai, comme il est si bien dit dans cette interview : « une classe politique brillante et toxique. »

 Le comble, c’est qu’ils sont en train d’empoisonner tout le pays car leur prévarication est devenue tellement insupportable que le pays risque de basculer à tout moment dans une violence que plus personne ne pourra contrôler. Et nous savons très bien que certaines puissances occidentales et africaines n’attendent que cela pour ramasser les morceaux. La nature a horreur du vide.

Comment en est-on arrivé là ?

La jeunesse est dans la désolation, les familles sont décimées par la pauvreté, même le rêve et l’espoir sont devenus inaccessibles. Quel est donc ce pays où on ne peut plus ni espérer ni rêver ? C’est l’enfer !

Les maîtres du Congo ont eu soin, depuis 1960, de ne porter au pouvoir que les gens médiocres. Nos dirigeants n’ont pas été incompétents, non. Ils sont tout simplement médiocres. Les vrais patriotes une fois au pouvoir, remettraient en cause le système et ses conventions, c’est pourquoi les occidentaux n’en veulent pas. Les médiocres se remplissent le ventre, c’est tout. Ils ne se posent ni posent de questions. Ils exécutent.

Le Congo, leur pays n’est pas leur priorité. Où vont-ils cacher les produits de leur rapine ? Chez leurs maîtres. Où vont-ils investir quand ils ont vidé les caisses ? Chez ceux qui LES EMPLOIENT. Ils sont tenus en LAISSE, mais le comble, c’est qu’ils ont hypothéqué l’avenir des millions de leurs concitoyens en cédant des biens communs. Dans leur tête il y a le logiciel implanté par leurs employeurs qui ont pris soin d’ériger la médiocrité et la trahison en modèle. Dans ce système servile, l’inutile et l’accessoire sont devenus la norme de gouvernance pour le plus grand malheur du peuple.

Et le pire est à venir. Avec des millions de jeunes qui n’ont plus accès à l’instruction et qui n’ont pour seul horizon que le néant, le réveil risque d’être très violent.

En Conclusion, nous dirons simplement que le vrai changement doit d’abord s’opérer en nous. Il nous faut dépasser nos déterminismes ethniques, nos chicayas de chapelles militantes, la marchandisation de nos ambitions auprès de l’occupant. L’expatriation nous ayant arraché aux affres de la misère matérielle, c’est à nous qu’il appartient d’opérer le saut quantique dans le Congo de demain.

Le Congo enfin apaisé, où le bien-être matériel des populations et l’indépendance nationale seront les seules boussoles de l’action gouvernementale. Si nous sommes incapables de « faire société » alors que nous vivons à l’étranger, et que fondamentalement rien ne nous divise, nous ne serons jamais en capacité d’impulser le changement en RDC. Cessons de réfléchir et d’agir comme des Zaïrois : âpres au gain immédiat, prêt à tuer son frère pour une bouchée de pain, ou à le livrer à l’occupant pour moins que les trente deniers de Judas. C’est à nous, la diaspora de :

Construire l’unité de la résistance à Kanambe et à ceux qui ont trahi, non pas seulement en Europe, mais à l’échelle mondiale.

Nous réunir dans un conseil de la résistance où l’on travaillera pour préparer le changement et non pour consacrer des personnes.

Ce sera à nous de lui donner le respect et la densité idéologique requises par la lutte pour la libération. Sans tomber dans le culte de la personnalité qui a handicapé les diverses oppositions congolaises, jusqu’à ce jour. N’oublions pas que le Shah d’Iran est tombé alors que Khomeiny résidait encore à l’étranger.

Bref, nous pourrions ici dérouler le fil conducteur de notre démarche de libération mais tout ne se dit pas. Nous voulons seulement réitérer « notre appel du 18 juin ». Voici venue l’heure du Vrai Changement. Cessons les chamailleries. Passons aux choses sérieuses. Montrons au Monde que nous sommes capables de parler d’une seule voix. Bâtissons d’abord notre unité. Et si le reste ne nous est pas donné par la suite, nous arracherons ce reste. Vive la R D Congo.

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