Une réflexion sur le "dialogue" congolais #1

8 Mai 2016 , Rédigé par F. Mbu Publié dans #Carte blanche à, #Focus sur le mal Congolais, #Echos de la vie quotidienne Congo & Diaspora

Edem Kodjo
Edem Kodjo

Esprit de dialogue, quand tu nous tiens !

Allons ! Un peu d’étymologie nous éclairerait utilement la lanterne.
Du grec dialogos (dia = à travers, et logos = raison, discours), le dialogue désigne cette forme de communication où la parole est distribuée à tour de rôle aux personnages ou intervenants, l’un répondant à l’autre, la finalité étant de trouver un terrain d’entente ou de parvenir à éclaircir une situation.

La pensée philosophique en a tiré le concept très signifiant de dialectique. Le dialogue vrai vise donc à construire une connaissance vraie, à travers une confrontation de vues, où est reconnu le bien-fondé de l’opinion adverse. Il amène à l’affrontement à autrui et fait sortir par la force de la réflexion du repliement sur soi-même.

Du côté de Kinshasa, le pouvoir en place s’est surpris un beau matin à vouloir croire à la force et à la vertu du dialogue… Très beau réflexe ! A grands coups de spots publicitaires, de réclames, de supplications, les Congolais sont invités à « dialoguer », au risque d’être doigté comme ennemi du progrès du peuple, réactionnaire. Initiative à psychanalyser… Le dialogue « vrai » ne devrait-il pas s’inscrire dans l’action politique au quotidien : le pouvoir entreprend, émet, la rue, le quatrième pouvoir, l’opinion réagissent ; puis le pouvoir, qui doit être à l’écoute du peuple dont il émane, réajuste son action et ses options.

Faut-il s’asseoir autour d’une table avec un pouvoir « issu des urnes », pour lui rappeler ses engagements régaliens et ses promesses électorales : amélioration du coût de vie, création des emplois, santé pour tous, droit à la scolarisation, sécurité plus accrue des personnes et de leurs biens, accompagnement et protection des libertés et droits élémentaires de la personne, accès à ces luxes que constituent l’eau potable et l’électricité ?…

M. Lambert MENDE OMALANGA, Ministre hyperactif du Dialogue et de la Communication, dans une de ses multiples élucubrations devant la presse nationale, demandait qu’on lui montre là où dans la Constitution Congolaise paraissait le terme « alternance », dont une certaine opinion voulait faire son cheval de bataille, à quelques mois de la fin du mandat du régime en place. Logique très simple du troubadour kabiliste : l’ « alternance » n’a sa place ni dans le discours ni sur l’échiquier politique congolais…

Et le « dialogue », alors, qu’on veut obtenir au forceps ?... Quand bien même on l’aura obtenu par les voies connues (achat des consciences, adhésions hypocrites et opportunistes, appâts financiers, trafics d’assises et pouvoirs spirituels…), qu’en sortira-t-il ? Faut-il mettre l’autre dos au mur, jouer sur la peur, insidieusement entretenue dans les esprits, pour obtenir cette adhésion au théâtre machiavélique insipide qui se prépare à Kinshasa?

Quelques kilos de maquereau, des généreux litres de Skol et de Primus : profitons des jeux du CHAN (Championnat Africain des Nations de Football), pour un bain de foule du côté de Matete, et nous faire acclamer comme le « vrai » champion…, à qui sera dédiée la coupe, la victoire d’une équipe, la victoire de toute une nation, commuée en celle d’un homme, venu… pour rester : « Wumela ! » .

Demeure ! Eternise-toi au pouvoir !... Et voilà les masques qui tombent ! Voilà le glissement !... Et le ton est donné pour le dialogue… Pathétique, insalubre, dégoûtant !

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