RdC : État-civil #1/2

25 Juillet 2016 , Rédigé par Abraham Itimberi-Aketi Publié dans #Carte blanche à, #Focus sur le mal Congolais

RDC : État-civil
RDC : État-civil

Mis à jour : le 26/07/2016

Dis-moi ton nom, je te dirai d'où tu es !

L'état civil dans beaucoup de pays d'Afrique subsaharienne se résume malheureusement à ce titre, car c'est par leur nom que certaines personnes peuvent être identifiées comme faisant partie de telle ou telle tribu voire de telle ou telle région. Le problème c'est que certains noms sont à cheval sur plusieurs frontières, voire présents dans plusieurs pays.

L'Afrique a, depuis plusieurs décennies déjà, le taux de fécondité le plus élevé au monde :

  • 4,7 en 2013 (c'est-à-dire que les femmes africaines en âge de procréer, ont fait entre 4 et 5 enfants par femme – (source: 2014 World Population Data Sheet).
  • 4,8 pour la République démocratique du Congo, avec un taux de natalité de 35,62 %.

A ce rythme-là, selon l'ONU, en 2050, les Africains devraient être 2,6 fois plus nombreux, passant de quelque 700 millions en 2000 à près de 1,8 milliard. La population africaine n'en finit donc pas d'exploser, elle talonne l'Asie et finira bien par la dépasser si ce rythme est maintenu.

Le dynamisme de la natalité qui devrait être un atout pour le futur de ce continent, cache pourtant une faiblesse majeure : l'absence de contrôle, par les États concernés, des informations essentielles liées à cette démographie galopante. Au lieu d'être un des éléments clés pour l'avenir du continent africain, surtout dans sa partie subsaharienne, la démographie faute d'être un outil pour penser le futur, risque de devenir si ce n'est déjà pas le cas, la source de déstabilisation de ces nations déjà très fragiles et sous-développés.

L'inorganisation voire l'inexistence de l'état civil

L'état civil d'une personne, est constitué de l'ensemble des éléments relatifs à la personne qui identifient un individu. Par extension c'est l'appellation donnée aux services administratifs d'une Commune qui reçoivent les déclarations et qui conservent les registres concernant les naissances, les reconnaissances d'enfants naturels, les mariages et les décès (Dictionnaire du droit privé de Serge Braudo).

Cette définition a donc un double sens ; elle suggère que l'état civil est :

  • un acte authentique qui identifie une personne par rapport à sa famille et à la société, concernant sa naissance, son mariage, son décès;
  • un service public qui a compétence pour établir cet acte.

En tant que service public, l'état civil est une pièce maîtresse dans le fonctionnement même d'un pays, car tout commence et finit à cet endroit. Mais c'est aussi là que réside la première faiblesse des États africains, sans bien entendu, parler d'autres incuries qui ne font pas l'objet de notre propos.

Les institutions ne sont pas une simple encre noire sur une feuille de papier. C'est l'âme même d'un pays et, pour affirmer son existence, elle a besoin d'un corps pour agir. Les autorités africaines ne semblent pas comprendre la place incontournable de ce service tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de leur territoire.

Prenons trois exemples:

  • la République démocratique du Congo où depuis deux décennies maintenant, se pose un vrai problème sur la nationalité de certaines personnalités de premier plan : Joseph Kabila, Vital Kamerhe, Azarias Ruberwa, etc. Pensez-vous vraiment que dans un pays dit normal, qu’il faille 20 ans d'incertitudes ? Il suffirait d'aller aux archives. En réalité, on n'en serait même pas là, en train d'ergoter indéfiniment.
  • la Côte d'Ivoire avec son président actuel, sur qui pendant très longtemps, a plané une vraie suspicion sur sa citoyenneté ivoirienne. Décidément !
  • les USA où l'extrême droite américaine avait émis des doutes quant à la naissance de Barack Obama sur le sol américain (aux États-Unis, pour être candidat à la présidence, il faut être né américain sur le territoire national). La réponse pour clore ce débat au relent raciste est venue de l'état civil. Le président américain ironisait d'ailleurs récemment sur ce sujet, lors d'une grande réception à la Maison Blanche, en disant que ces gens-là auront du mal à convaincre les Américains que Hilary Clinton serait née au Kenya.

Ces exemples soulignent la différence entre un pays organisé où les services de l'état civil apportent une clarification indiscutable, et des pays inorganisés où les structures informelles sont encore bien ancrées dans tous les échelons de l’État mais aussi dans la tête des notables, allant jusqu'à déstabiliser totalement le fonctionnement de ces pays. Pour leurs intérêts, certaines puissances étrangères nous ont ainsi contraints à nous affranchir des règles qui devraient être pourtant immuables. Le mal est fait.

Lire la suite: RdC: État civil #2/2.

En complément :

            Corneille Nanga confirme, entre autre chose, l'absence de registre d'état civil en RDC  

 :

Pour ce qui est de la tenue des élections dans les délais constitutionnels, on vous laisse découvrir la réponse du président de la CENI (25/07/2016, TV5 Monde).

 

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