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Le charnier de Maluku : enfouissement des indigents ou affaire d'État?

20 Avril 2015 , Rédigé par Abraham Itimbiri-Aketi Publié dans #Echos de la vie quotidienne Congo & Diaspora, #Focus sur le mal Congolais

Le charnier de Maluku : enfouissement des indigents ou crime d'État?
Le charnier de Maluku : enfouissement des indigents ou crime d'État?

Quelque 425 cadavres ont été découverts par des riverains dans un charnier creusé subrepticement dans le cimetière de Maluku, une commune dans la périphérie de Kinshasa. L'enterrement de 425 personnes ne peut pas passer inaperçu quand il est fait dans les normes:

- il doit se faire de jour comme tous les autres enterrements, quand on sait en plus que ces lieux ne sont pas électrifiés;

- il doit être effectué par les personnes attitrées et non par des militaires encagoulés, qui ont visiblement quelque chose à cacher;

- toute la chaîne administrative et judiciaire concernée doit être au courant pour éviter tout amalgame.

Mais à Kinshasa, dès que cette affaire s'est ébruitée, les autorités de l'État et de la province se sont empêtrées dans le cafouillis. Pire, les journaux censés relayer cette information ô combien grave, ont fait dans la légèreté. C'est le signe qu'on cherche à étouffer la vérité en la cachant dans le tiroir du mensonge. Le problème, c'est qu'elle est en train de crier pour se faire entendre.

Dans cette sordide affaire, les autorités de la ville de Kinshasa sont prises de vitesse par une population qui ne leur fait plus du tout confiance. Elle préfère alerter les ONG, lesquelles s'adressent à la Monusco. C'est la méfiance d'un peuple à l'égard des autorités de son pays, signe que nous sommes dans une république bananière où la justice à force d'être à géométrie variable, a fini par devenir un déni normalisé qui regarde non plus la loi mais plutôt le statut social de la personne, "selon que le justiciable sera puissant ou misérable". Quand on sait que dans le pays de Lumumba, les misérables font 99% de la population, on mesure bien l'ampleur du chaos.

Opération transparence

La RDC est ce que nous appelons une "démocrature", ce qui signifie dans notre jargon, une dictature faussement élue. Partant de ce constat vrai et indiscutable, nous ne voulons pas en ce qui nous concerne, tomber dans la caricature au sujet du charnier ou de la fosse commune (c'est selon) de Maluku, car cette affaire est si grave à nos yeux que son traitement ne peut pas se faire à la légère. Nous nous méfions de l'information fondée sur l'émotion et non sur les faits.

En septembre 2014, nous avions publié sur ce site un article traitant du Bien commun et, l'un des passages qui me revient à l'esprit disait ceci: "la façon dont un peuple détermine son Bien commun dépend de choix faits à travers son histoire. Ces choix ne peuvent être ni neutres, ni anonymes, ils doivent être à la fois lisibles par tous et une exigence permanente pour l'intérêt de tous". Si ce qui est lisible ne recèle pas d'éléments cachés, l'intérêt de la Cité, celle de tous, passe par une information crédible, par la justice. C'est pourquoi nous posons quelques questions aux autorités de la RDC, principalement au ministre de l'intérieur qui a le devoir de répondre au questionnement des Congolais. Notre objectif est d'œuvrer à une plus grande transparence de la gestion de la chose publique, surtout qu'il s'agit de la vie de 425 Congolais.

S'agit-il d'une fosse commune ou d'un charnier?

- la fosse commune est considérée comme une fosse dans laquelle on enterre les corps des personnes pauvres, dont personne ne réclame les corps. D'où sortent alors ces 425 pauvres ou indigents comme les qualifie le ministre de l'intérieur? S'ils ont été enterrés ensemble le même jour, ce qui est probable, l'argument d'indigence ne tient pas la route;

- le charnier: certains journaux congolais parlent de charnier. On en crée lorsqu'un grand nombre de personnes meurent ou sont tuées. C'est la conséquence soit d'une épidémie, soit d'une catastrophe naturelle, soit d'une guerre ou quelquefois... d'une bavure policière.

1. Nous voulons savoir si le bourgmestre était au courant parce que le cimetière est dans sa commune, auquel cas, les archives communales non falsifiées devraient enregistrer ces enterrements le même jour.

2. L'enterrement ou l'enfouissement (c'est selon) de 425 personnes ne pouvait pas passer inaperçu, d'abord parce qu'il devrait, en théorie, se faire en plein jour, ensuite parce que les cimetières en Afrique sont bordés par des maisons. Or, ce sont les riverains qui, semble-t-il, ont donné l'alerte, non parce qu'ils ont vu, mais parce qu'ils ont senti une odeur pestilentielle qui a conduit à cette découverte macabre. D'où vient que cet enterrement de masse n'ait pas été connu par les riverains?

3. Selon Radio Okapi, le ministre de l'intérieur Evariste Boshab a déclaré ceci: " il s’agit plutôt des indigents, gardés longtemps à la morgue centrale de l’Hôpital général de référence de Kinshasa, ex-Mama Yemo et inhumés par l’Hôtel de ville de Kinshasa sur une demande de la direction de la morgue". Dans ce cas, le rapport administratif tant attendu, pourra-t-il assurer la traçabilité de ces macchabées dans les archives de la morgue?

On peut douter de la capacité de conservation de 425 corps gardés "longtemps", comme semble le dire le ministre, quand on connaît les conditions sanitaires désastreuses de ce pays. Ce n’est pas pour rien que les barons du régime et leur famille ne se soignent jamais dans leur propre pays.

La vérité: c'est ce que nous demandons pour nos concitoyens que l'on traite d'indigents, de marginaux ayant rompu tout lien social, etc. Nous savons que cette vérité ne viendra pas des autorités congolaises, car cela n'est pas dans leur nature.

Nous réclamons une commission d'enquête internationale, indépendante et crédible. Elle doit être rigoureuse, car la contradiction entre les ministres sur les décisions à prendre montre l'embarras du régime de Kinshasa.

Vidéo liée:

Sur le même thème macabre:

                                 Découverte d'une fosse commune à Kimwenza (2011)

                   

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Agnif 28/04/2015 01:31

Excellente analyse de la situation.
A rajouter le silence complice et coupable de celui qui trône à la tête de la république.

Un Kinois 23/04/2015 21:46

Il parait que dans cette macabre affaire, les autorités congolaises n'ont rien à cacher. Si bien que l'enquête en cours est menée par: l'ANR, la police nationale scientifique (sic),la police judiciaire de parquet, l'autorité militaire, le parquet auprès du tribunal de paix de Kinkolé, etc. C'est bien évidemment du grand n'importe quoi.

Et qu'en pense le président Kabila ? Il ne pipe mot, comme d'habitude.