Odyssée d'un billet de cent dollars ou l'image du Congolais égaré #1/3

20 Mai 2017 , Rédigé par Abraham Itimbiri-Aketi Publié dans #Carte blanche à, #Focus sur le mal Congolais

Odyssée d'un billet de 100 dollars

(Archives)

Mis à jour : 20/05/215

C’est l’histoire d’un Congo aux abois, où plus que jamais l’homme est un loup pour l’homme. La misère a conduit à la bêtise, l’ignorance a pris la place du bons sens, l’accessoire est devenu l’utile. La survie, c’est vrai, pousse l’humain à développer des stratagèmes pour essayer de garder la tête hors de l’eau pendant que le corps est en train de sombrer. Mais combien de temps peut tenir ainsi ?

Écoutez ou plutôt, lisons ensemble cette histoire ...

Acte 1 : une patrouille en mission

Tout commence avec cette patrouille qui, semble-t-il, assure la sécurité des personnes et des biens. Cette nuit-là, Kinshasa semble un peu agité et le lieutenant de la « PIR » (la police d’intervention rapide) donne des instructions à ses hommes. La patrouille est composée de douze policiers repartis en deux groupes de six dans deux 4X4. Leur mission : sillonner certains quartiers de la capitale congolaise pour veiller à la tranquillité publique.

A la tête de la section, un adjudant et c’est son histoire qui nous intéresse, car à travers ce personnage, on retrouve un peu de nous tous. L’adjudant est, comme ses pairs, très mal payé et de toutes les façons, ça fait plusieurs mois qu’ils ne sont pas payés. Ils survivent et partir en patrouille est toujours une occasion de revenir avec quelque chose à la maison. Nous sommes au pays de l’article 15 : « débrouillez-vous ». Cette nuit, il ne pense qu’à une seule chose : ramener quelques dollars à la maison pour que le lendemain, sa famille puisse manger. Et les autres pensent comme lui.

Plus tard dans la nuit, la patrouille arrête une berline allemande et fait descendre ses occupants. La fouille des personnes et du véhicule ne révèle rien de suspect ni de dangereux. C’est juste un groupe des jouisseurs qui rentrent à la maison. Seulement, ils ont quelques dollars dans leurs poches. La fouille se transforme en saisie tout simplement. Le butin s’élève à mille dollars US. On relâche ces malheureux et on se partage le magot. Pour l’adjudant, la mission est accomplie, avec cent dollars en poche, sa famille a de quoi tenir quelques jours. Ainsi va le Congo.

Acte 2 : l’homme propose et Dieu dispose

Au petit matin, notre adjudant tout sourire, rentre chez lui confiant en imaginant la joie de sa femme. Une fois à la maison, c’est la surprise, il est accueilli par des pleurs de sa moitié. Son fils est souffrant, il agonise et il faut vite le transporter à l’hôpital. Il prend rapidement le 4X4 de service pour transporter son fils à l’hôpital public. Une fois sur place, on mettra le jeune sur un lit en entendant le médecin.

Après une demi-heure d’attente, rien. Inquiet, l’adjudant va interpeller une infirmière et celle-ci va lui lancer, pince sans rire; « ici, on paye d’abord et les soins, c’est après ». Hippocrate doit se retourner dans sa tombe. Au fait, il est enterré où cet Hippocrate ? Et combien dois-je payer reprend l’adjudant ? Si vous donnez cent dollars, le médecin viendra tout de suite et s’occupera de votre fils. Que ne fera-t-on pas pour ses bambins ? L’adjudant donne ce qu’il avait chèrement acquis la nuit précédente et le cher docteur est devenu subitement disponible. Ainsi va le pays de Nzinga Nkuvu.

Comme notre adjudant, le médecin de l’hôpital public aussi est mal payé et souvent même, pas du tout payé. Mais il vient d’empocher cent dollars. Confiant, lui aussi regagne son domicile sitôt sa garde terminée, assuré de pouvoir régler quelques problèmes.

Sa fille aînée, qui se présente à l’examen d’État (bac) cette année, est à la maison alors qu’elle devait normalement être à l’école. Que se passe-t-il encore ? vocifère le papa docteur. On m’a renvoyée parce que tu n’as toujours pas payé le minerval (frais de scolarité) et je risque d’être exclue, explique la fille. Notre médecin est tout simplement dépité. Au fait combien doit-il payer pour l’école de sa fille ? Vous l’imaginez bien: cent dollars, bien sûr !

Lire la suite : Actes 3 & 4

 

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